IP Fabric
IP Fabric est la plateforme de discovery et d’assurance rĂ©seau que je fais tourner sur mon lab. C’est aussi l’outil qui se cache derrière l’expression « source de vĂ©ritĂ© topologique » dans ma sĂ©rie AIOps et observabilitĂ© rĂ©seau : cette page en est le complĂ©ment technique : j’y consigne ce que j’apprends de l’outil au fil de son usage rĂ©el, plutĂ´t qu’un tutoriel figĂ©.
Document vivant
Cette page s’enrichit au fur et Ă mesure que j’explore IP Fabric. Attendez-vous Ă voir de nouvelles sections de cas d’usage apparaĂ®tre avec le temps, pas un guide bouclĂ© d’un seul coup.
Ce qu’est IP Fabric
IP Fabric est une plateforme d’assurance rĂ©seau : elle se connecte Ă vos Ă©quipements, en rĂ©cupère la configuration et l’Ă©tat opĂ©rationnel via les mĂŞmes accès CLI/API que vous utiliseriez vous-mĂŞme, et reconstruit Ă partir de ces donnĂ©es brutes un modèle structurĂ© du rĂ©seau : topologie, tables de routage, VLANs, VRFs, ACLs, et plus encore. La documentation officielle se trouve sur docs.ipfabric.io.
La distinction qui compte le plus, quand on vient du monde du monitoring, c’est qu’IP Fabric n’est pas un outil de tĂ©lĂ©mĂ©trie. Les compteurs, l’utilisation, les sĂ©ries temporelles, ça ne le concerne pas : c’est le rĂ´le d’une stack de mĂ©triques. Ce qui l’intĂ©resse, c’est l’Ă©tat : ce qui est configurĂ©, ce qui tourne rĂ©ellement, et comment tout ça est connectĂ©. Il rĂ©pond à « qu’est-ce que le rĂ©seau, lĂ , maintenant » plutĂ´t qu’à « Ă quel point le rĂ©seau est-il chargĂ©, lĂ , maintenant ».
Cette distinction est prĂ©cisĂ©ment ce qui place l’outil dans la couche « topologie comme source de vĂ©ritĂ© » de la stack AIOps dĂ©crite dans la sĂ©rie de blog : un agent qui doit raisonner sur le rĂ©seau a besoin de cet Ă©tat structurĂ© avant d’avoir besoin de mĂ©triques.

Comment fonctionnent discovery et snapshots, Ă haut niveau
IP Fabric repose sur deux notions centrales : la discovery et les snapshots.
La discovery, c’est l’exploration. IP Fabric part d’une liste d’Ă©quipements joignables (ou d’un sous-rĂ©seau de dĂ©part), se connecte Ă chacun via SSH/API, et remonte le fil via les voisinages CDP/LLDP, les adjacences de routage et d’autres indices au niveau protocole pour dĂ©couvrir le reste du rĂ©seau. L’outil parse la sortie un peu comme le ferait un ingĂ©nieur en lisant une commande show, et transforme ça en donnĂ©es structurĂ©es et interrogeables.
Un snapshot, c’est le rĂ©sultat d’une exĂ©cution de discovery, figĂ© Ă un instant donnĂ©. Chaque snapshot est une photo complète et autonome du rĂ©seau tel qu’il Ă©tait Ă la fin de cette discovery : toutes les tables, tous les diagrammes, tous les rĂ©sultats d’intent checks, circonscrits Ă ce snapshot prĂ©cis. Rien n’est Ă©crasĂ© : les anciens snapshots restent disponibles, ce qui permet de revenir en arrière et de comparer.
C’est ce modèle de snapshots qui rend possibles plusieurs des cas d’usage ci-dessous : comme l’historique n’est jamais jetĂ©, une question du type « qu’est-ce qui a changĂ© depuis hier » a une rĂ©ponse directe, sans qu’il ait fallu anticiper et bricoler son propre système de diff.

Cas d’usage
La topologie comme source de vérité
C’est le cas d’usage qui a tout dĂ©clenchĂ© pour moi, et celui rĂ©fĂ©rencĂ© directement dans la sĂ©rie de blog. IP Fabric construit un diagramme de topologie et un ensemble de tables relationnelles (Ă©quipements, interfaces, voisins, VLANs, VRFs) Ă partir de la discovery en direct, pas depuis un tableur maintenu Ă la main ou un schĂ©ma Visio que personne n’a pensĂ© Ă mettre Ă jour.
Sur mon lab EVPN/VXLAN, ça veut dire que j’ai une rĂ©ponse toujours Ă jour Ă la question « qu’est-ce qui est connectĂ© Ă quoi », sans avoir Ă me fier Ă ma mĂ©moire ou Ă un schĂ©ma pĂ©rimĂ©. C’est la couche qu’un agent IA devrait interroger en premier, avant tout le reste, s’il doit raisonner correctement sur le rĂ©seau : c’est tout l’enjeu du problème de « l’agent aveugle » Ă©voquĂ© dans la sĂ©rie de blog, un agent qui travaille sur une topologie obsolète rĂ©pond avec assurance, mĂŞme quand il se trompe.

Les intent checks
Les intent checks sont des règles qu’on dĂ©finit une seule fois, du genre « pas de VLAN inutilisĂ© », « la racine STP doit ĂŞtre sur les switches core », « chaque port d’accès doit avoir BPDU guard activĂ© », et IP Fabric les Ă©value automatiquement sur chaque nouveau snapshot. Les Ă©checs remontent sous forme de vĂ©rifications colorĂ©es, avec possibilitĂ© de descendre jusqu’Ă l’Ă©quipement et l’interface prĂ©cise qui enfreint la règle.
Ici, IP Fabric bascule du « descriptif » (ce qui existe) au « normatif » (ce qui existe est-il correct). Ça rejoint naturellement le principe de standardisation que je rĂ©pète souvent dans la sĂ©rie de blog : les intent checks permettent d’imposer la cohĂ©rence de nommage et de configuration automatiquement, plutĂ´t que de compter sur un humain pour repĂ©rer une dĂ©rive.

Le path lookup
Avec une source, une destination et, en option, un protocole/port, IP Fabric simule le chemin de forwarding Ă travers tout le rĂ©seau dĂ©couvert, saut par saut, en incluant la dĂ©cision prĂ©cise de routage/commutation prise Ă chaque Ă©quipement, sans envoyer le moindre paquet de test. C’est une rĂ©ponse calculĂ©e Ă partir de l’Ă©tat collectĂ©, pas une trace en direct.
Ça transforme un « pourquoi cet hôte ne peut-il pas joindre cet autre hôte » (normalement une investigation multi-équipements et multi-commandes show) en une seule requête. Ça permet aussi de vérifier la posture de sécurité : un path lookup indique si une ACL ou une règle de pare-feu bloque le trafic quelque part sur le chemin.

La comparaison de snapshots
Comme chaque exĂ©cution de discovery est conservĂ©e sous forme de snapshot, IP Fabric peut comparer directement deux d’entre eux (un avant une fenĂŞtre de changement, un après, par exemple) et faire ressortir prĂ©cisĂ©ment ce qui diffère : Ă©quipements ajoutĂ©s ou retirĂ©s, changements de VLAN, Ă©carts dans les tables de routage, changements d’Ă©tat d’interface.
Ça donne une rĂ©ponse concrète à « qu’est-ce qui a vraiment changĂ© », d’ordinaire la question la plus difficile Ă rĂ©pondre après un incident. PlutĂ´t que de reconstituer une chronologie de mĂ©moire ou Ă partir de tickets de changement Ă©pars, le diff est dĂ©jĂ lĂ .

L’accès programmatique : SDK Python et serveur MCP
Tout ce qu’IP Fabric expose via son interface est aussi accessible via son API REST, et il existe un SDK Python officiel (ipfabric) qui l’enveloppe dans un client plus ergonomique : rĂ©cupĂ©rer des tables sous forme de dataframes pandas, lancer des intent checks, dĂ©clencher une discovery, le tout depuis un script.
Plus pertinent encore pour l’angle AIOps de la sĂ©rie de blog : IP Fabric propose aussi un serveur MCP, qui expose directement les donnĂ©es de la plateforme comme des outils qu’un agent LLM peut appeler. C’est une rĂ©ponse assez directe au problème de « rendre le rĂ©seau visible Ă un agent » que le dernier article de la sĂ©rie doit aborder, au lieu de coder moi-mĂŞme un wrapper autour de l’API : IP Fabric parle dĂ©jĂ le protocole dont un agent a besoin.
Je n’ai pas encore branchĂ© ça sur mon lab ; c’est un chantier Ă venir, et de futures sections ici.
